Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres distingués du Conseil,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je me présente devant vous avec l’espoir suscité par des signes de progrès sur le plan politique, malgré de graves revers sur le plan sécuritaire.
Le 11 novembre, des gangs armés ont pris pour cible des aéronefs commerciaux à proximité de l’aéroport international de Port-au-Prince, entraînant sa fermeture et la suspension de tous les vols. Au moins cinq appareils ont été touchés, faisant un blessé parmi le personnel navigant dans un cas. L’interdiction subséquente imposée par la FAA aux aéronefs immatriculés aux États-Unis a aggravé l’isolement de Port-au-Prince, et au moins une grande compagnie aérienne a annoncé qu’elle ne reprendrait pas ses opérations en Haïti dans un avenir prévisible. Il s’agit de la deuxième suspension des opérations commerciales à l’aéroport en moins d’un an, laissant la population de la capitale de plus en plus coupée du reste du pays et du monde.
Peu après, des gangs ont lancé des attaques coordonnées et simultanées à travers la capitale, y compris dans des zones jusque-là épargnées par ce type de violence. Ces attaques, visant à déstabiliser les institutions de l’État, ont déclenché des réactions violentes de groupes d’autodéfense, dont des résidents armés de machettes et d’armes à feu. Ce cycle de violence à Port-au-Prince a fait au moins 220 morts et provoqué le déplacement de près de 41 000 personnes.
En décembre, des gangs armés ont perpétré des massacres à Wharf Jérémie, faisant 207 morts, principalement parmi les personnes âgées. Parallèlement, le département de l’Artibonite a connu une escalade brutale de la violence, avec des attaques de représailles entre gangs et groupes d’autodéfense ayant causé la mort de 114 personnes. Le 24 décembre, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti a été attaqué à la veille de sa cérémonie de réouverture, entraînant la mort d’un policier et de deux journalistes.
Le 18 janvier, 217 policiers kenyans supplémentaires, dont une équipe avancée composée de cinq femmes, ont été déployés en Haïti. Avec ce renfort, la Mission multinationale d’appui à la sécurité compte désormais 781 personnels, à la suite également de l’arrivée d’un contingent guatémaltèque et d’une équipe avancée salvadorienne. La MSS comprend désormais 592 Kenyans, 150 Guatémaltèques, 23 Jamaïcains, 8 Salvadoriens, 6 Bahamiens et 2 membres du Belize.
La Police nationale d’Haïti (PNH), appuyée par la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSS) et, dans certains cas, par les Forces armées d’Haïti, a déployé des efforts pour répondre à cette flambée de violence. Une meilleure coordination entre la MSS et les forces de sécurité nationales a permis d’améliorer la planification et l’exécution des opérations anti-gangs. La récente nomination d’un Secrétaire d’État à la Sécurité publique constitue une évolution positive, traduisant une attention accrue portée aux défis sécuritaires du pays.
Une étape importante a été franchie le 10 janvier, lorsque 739 nouvelles recrues, dont 213 femmes, ont été diplômées de l’Académie nationale de police. L’espoir et la fierté manifestés par ces jeunes recrues et leurs familles rappellent utilement la résilience et la détermination du peuple haïtien en ces temps difficiles.
Toutefois, les défis auxquels fait face la PNH demeurent immenses, notamment des taux élevés de déperdition, une formation insuffisante et un manque d’équipements. Une assistance internationale renforcée est indispensable. Je saisis cette occasion pour remercier les États Membres pour leurs contributions en personnel et via le Fonds d’affectation spéciale pour la MSS, ce Conseil honorable pour son soutien constant, et pour saluer une fois de plus le leadership du Kenya. J’exhorte les États Membres à accroître leurs contributions afin d’assurer le succès de cet effort multinational.
Excellences,
La détérioration de la situation sécuritaire a fortement affecté les opérations des Nations Unies. En réponse à l’annulation des vols vers Port-au-Prince et à la violence généralisée, l’ONU, en consultation avec l’Équipe de gestion de la sécurité, a décidé de réduire sa présence dans la capitale. Une partie du personnel international a été relocalisée, tandis que les activités vitales se sont poursuivies. Ce dispositif a permis au BINUH, avec une équipe réduite, et aux agences des Nations Unies de continuer à remplir leurs mandats, en combinant le personnel national, une présence internationale essentielle à Port-au-Prince et le télétravail.
L’Organisation des Nations Unies demeure déterminée à renforcer sa présence dès que les conditions le permettront, tout en surveillant en permanence l’environnement sécuritaire afin d’assurer la sécurité du personnel et la fourniture de l’assistance aux populations dans le besoin.
Monsieur le Président, Excellences,
Le paysage politique haïtien a connu des évolutions positives depuis mon dernier exposé. La nomination d’Alix Didier Fils-Aimé au poste de Premier ministre le 11 novembre a amélioré la collaboration entre le Gouvernement et le Conseil présidentiel de transition (CPT). Cette coopération a permis de progresser sur des décisions de gouvernance essentielles.
L’amélioration de la coordination entre le Conseil présidentiel de transition et le gouvernement actuel a permis de mieux définir et cibler les « priorités des priorités » de la transition — sécurité, élections et apaisement social — et de faire avancer certaines décisions clés précédemment en suspens. Je me félicite de la nomination des deux derniers membres du Conseil électoral provisoire. Quatre des neuf membres sont désormais des femmes, ce qui constitue une avancée importante en matière d’inclusion du genre dans le processus électoral.
Je salue également la nomination des ministres délégués aux Affaires électorales et constitutionnelles et à la Solidarité et aux Affaires humanitaires, qui, je l’espère, renforceront la visibilité de ces portefeuilles stratégiques.
À la demande du Gouvernement haïtien, les Nations Unies ont déployé en novembre une Mission d’évaluation des besoins électoraux. Les recommandations de cette mission, approuvées par le Point focal pour l’assistance électorale, prévoient un appui ciblé aux processus constitutionnel et électoral.
Parallèlement, la Conférence nationale sur la réforme constitutionnelle poursuit ses travaux. En novembre et décembre, le Groupe de travail sur la révision constitutionnelle a consulté divers secteurs de la société afin de recueillir leurs points de vue sur les principes constitutionnels clés. Des consultations élargies avec la diaspora haïtienne et à travers le pays débutent cette semaine afin de garantir l’inclusivité. Le référendum constitutionnel et les élections générales restent prévus pour cette année, ce qui exigera un renforcement des mesures de sécurité, un engagement soutenu et des avancées rapides.
La création du Conseil national de sécurité constitue une autre avancée notable. Ce mécanisme de planification et de coordination a le potentiel de renforcer considérablement les efforts sécuritaires d’Haïti. J’encourage les autorités à rendre pleinement opérationnelle cette structure afin d’en maximiser l’impact.
Monsieur le Président, Excellences,
Bien que des progrès soient observés sur le plan politique et qu’il y ait lieu d’être prudemment optimiste, le cadre de la transition demeure fragile. La fragmentation croissante des secteurs politiques représentés au sein du Conseil présidentiel de transition, conjuguée aux critiques persistantes à l’encontre de cette instance, complique le processus. Les allégations de corruption visant trois membres du Conseil ont accentué les tensions et remis en question la légitimité de ses actions.
Récemment, certains acteurs politiques ont sollicité l’appui du Groupe de personnalités éminentes de la CARICOM afin de faciliter un dialogue national. Une lettre adressée à la CARICOM par des acteurs issus de trois groupes politiques membres du Conseil présidentiel de transition propose différentes options pour résoudre les différends à ce sujet. Toutefois, la mention dans cette lettre d’une coalition de gangs a suscité de vives critiques, mettant en lumière l’opposition généralisée à toute interaction avec des groupes criminels armés. Ces développements démontrent que toute tentative de légitimer les gangs armés est rejetée par la majorité des acteurs haïtiens et par l’opinion publique.
Monsieur le Président,
La crise humanitaire en Haïti a atteint des niveaux alarmants. Plus de 6 millions de personnes — soit près de la moitié de la population — ont besoin d’une assistance humanitaire, dont 3,9 millions sont ciblées pour une aide prioritaire. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays a triplé pour dépasser un million, dont plus de la moitié sont des enfants. Les sites de déplacement sont surpeuplés et manquent de services essentiels tels que l’eau potable, l’assainissement et l’éducation.
L’insécurité alimentaire touche 48 % de la population, avec près de 2 millions de personnes en situation d’urgence (phase 4 de l’IPC) et 6 000 en situation catastrophique (phase 5 de l’IPC). Malgré ces difficultés, les partenaires humanitaires ont mené 700 missions des Nations Unies au cours du quatrième trimestre, dont 500 directement liées à l’assistance vitale.
Le Plan de réponse humanitaire 2025 nécessite 908 millions de dollars américains, et j’appelle les donateurs à contribuer généreusement afin d’alléger les souffrances et de soutenir le relèvement.
Excellences,
En cette période cruciale, Haïti a plus que jamais besoin de votre soutien constant. Pour organiser un processus de révision constitutionnelle ainsi que des élections crédibles, participatives et inclusives dans ce contexte de crise, les acteurs haïtiens doivent surmonter leurs divergences et travailler ensemble. Une solution durable exige des progrès simultanés sur les plans politique et sécuritaire, appuyés par une solidarité internationale soutenue.
Le BINUH continuera d’offrir ses bons offices et son appui stratégique afin d’aider Haïti à relever ces défis complexes.
Je vous remercie.

