Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a effectué une visite de solidarité en Haïti le 16 juin 2026. Il a rencontré des Haïtiennes et des Haïtiens dont la vie a été bouleversée par la violence. Il a constaté les défis humanitaires et sécuritaires auxquels le pays est confronté, ainsi que les efforts déployés par les autorités nationales et la communauté internationale pour rétablir la stabilité et soutenir le peuple haïtien.
La conférence de presse qu’il a donnée à l’issue de sa visite a été l’occasion d’évaluer le soutien apporté par l’ONU à Haïti face à cette crise multidimensionnelle, notamment l’appui logistique et opérationnel à la Force de répression des gangs (GSF), conformément à la résolution 2793 du Conseil de sécurité.

Crise humanitaire
Haïti traverse la plus grave crise humanitaire de l’hémisphère occidental – et celle qui se détériore le plus rapidement. Aujourd’hui, 6,4 millions de personnes, soit plus d’un Haïtien sur deux, ont besoin d’une aide humanitaire, contre 5,5 millions il y a deux ans. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays en raison de la violence, tandis que près de 6 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère. Les femmes et les enfants paient le prix le plus lourd de cette crise.
Concernant l’aide humanitaire, le Secrétaire général a salué le personnel et les partenaires humanitaires – dont l’immense majorité sont eux-mêmes haïtiens – qui poursuivent leur travail malgré les dangers. L’an dernier, ils ont apporté une aide vitale à près de 3 millions de personnes.
Toutefois, le plan de réponse humanitaire des Nations Unies, qui prévoit 880 millions de dollars pour venir en aide à 4,2 millions de personnes, n’est financé qu’à hauteur d’environ un quart. António Guterres a rappelé que « Haïti ne demande pas la charité. Haïti demande que le monde tienne parole ». Il a également souligné que le pays ne pouvait plus attendre.

Agressions sexuelles et recrutement d’enfants par les gangs
Au premier trimestre de cette année, plus de 20 femmes et filles ont été agressées chaque jour en moyenne. En un an, le recrutement d’enfants par les gangs a triplé. Désormais, jusqu’à un membre de gang sur deux est un enfant. Des enfances sont ainsi volées par la violence, l’exploitation et la faim.
Le Secrétaire général a dénoncé avec fermeté la situation créée par ces groupes armés qui prospèrent en exploitant les plus vulnérables. « C’est absolument intolérable. Cela doit cesser », a-t-il déclaré.
Situation sécuritaire
Selon le Secrétaire général de l’ONU, la crise qui sévit en Haïti est fondamentalement une crise sécuritaire. Depuis le début de l’année, la violence des gangs a fait plus de 2 300 morts et plus de 1 100 blessés. Elle paralyse l’État, l’économie, l’éducation et l’acheminement de l’aide humanitaire.
António Guterres a déploré l’indifférence d’un monde qui, selon lui, a trop longtemps détourné le regard. Il a affirmé qu’il existe un lien direct entre l’insuffisance de l’engagement international et l’insécurité qui frappe le peuple haïtien.
Il a néanmoins relevé certaines avancées positives : « Des quartiers du centre-ville de Port-au-Prince ont été repris. Le Conseil des ministres se réunit de nouveau au Palais national après plus de trois ans. Ce n’est pas qu’un symbole : c’est le signe du retour progressif de l’État », a souligné le Chef de l’ONU.
La Force de répression des gangs (GSF) et les forces nationales
Le Secrétaire général a estimé que le déploiement de la GSF offrait une réelle opportunité de faire reculer la violence et de rétablir l’autorité de l’État. Il a rappelé que cette force n’est pas une opération des Nations Unies, mais qu’elle bénéficie de l’appui logistique et opérationnel de l’ONU à travers son bureau d’appui en Haïti.
António Guterres a rendu hommage aux policières, aux policiers et aux soldats haïtiens qui poursuivent leur mission, souvent au péril de leur vie. Il a insisté sur la nécessité de leur fournir la formation, l’équipement et la coordination nécessaires, dans le strict respect des droits humains.
« Les droits humains et la lutte contre l’impunité ne sont pas un obstacle à la sécurité. Ils en sont la condition et le fondement de la confiance de la population », a-t-il déclaré.
Selon lui, pour que les progrès sécuritaires soient durables, il faudra désarmer, démanteler et réintégrer les membres des gangs sous conduite haïtienne, renforcer le système judiciaire et mettre fin aux flux d’armes illicites qui alimentent la violence.
Il a également souligné que la sécurité seule ne suffira pas et qu’elle doit s’accompagner d’avancées politiques.
« J’ai eu des échanges francs avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi qu’avec des représentants de différents secteurs de la société haïtienne. Mon message a été clair : le peuple haïtien a déjà trop attendu », a-t-il affirmé.
Processus politique
António Guterres a appelé à accélérer le processus politique et à restaurer la confiance.
« C’est aux Haïtiens, et à eux seuls, qu’il appartient de tracer la voie à suivre. Ce processus doit produire des résultats : des étapes de transition inclusives et des élections crédibles, seule voie légitime vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel et des institutions démocratiques », a-t-il déclaré.

Appui de l’ONU et appel à la communauté internationale
Le Secrétaire général a réaffirmé le plein engagement de l’Organisation aux côtés d’Haïti.
« Sous la conduite de mon Représentant spécial, M. Carlos Ruiz Massieu, et à travers le BINUH, nous continuerons de faciliter le dialogue et d’appuyer des solutions haïtiennes », a-t-il indiqué.
Il a également appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités :
« Premièrement : renforcez l’appui sécuritaire, avec un déploiement rapide et complet de la Force, en adaptant les ressources aux progrès accomplis sur le terrain. Deuxièmement, soutenez la transition politique et le relèvement du pays : l’éducation, la santé et l’emploi, afin d’offrir aux jeunes Haïtiens une alternative aux gangs et un avenir de dignité. Troisièmement : financez l’aide humanitaire de manière prévisible et à la hauteur des besoins. Et, par-dessus tout, écoutez le peuple haïtien », a-t-il conclu.

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